Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 14:17

J'avais déjà évoqué dans d'autres articles le biais statistique que constitue le fait de ne pas prendre en compte les importations et exportations dans les bilans des émissions de gaz à effet de serre de chaque pays. C'est ce biais statistique qui conduit notamment à faire de la Chine le plus gros émetteur de CO2 devant les USA, et à voir des baisses d'émissions là où elles augmentent en réalité.

 

Dans un article à paraître dans les Comptes-rendus de l'Académie des Sciences des USA (PNAS, disponible en ligne en suivant ce lien), une équipe de chercheurs Norvégiens, Allemands et Américains ont tenté d'intégrer les flux de CO2 contenus dans les échanges internationaux de marchandises dans les émissions de gaz à effet de serre par pays, sur une période d'un peu moins de 20 ans. Même si leur étude a concerné 113 pays individuellement, ce premier article ne rapporte des résultats qu'à l'échelle de grandes zones géographiques, en se focalisant notamment sur deux groupes de pays, à savoir les pays concernés par l'annexe B du protocole de Kyoto (grosso-modo les pays développés) et le autres (pays en développement + émergents).

 

importation CO2En ce qui concerne les pays développés, leurs émissions de gaz à effet de serre domestiques, c'est à dire réalisées sur leur territoire ou le territoire d'autres pays développés, ont baissé d'un peu moins de 300 millions de tonnes entre 1990 et 2008, soit à peu près 1/3 des objectifs négociés dans le protocole de Kyoto. En ne regardant que l'Europe, la baisse est légèrement supérieure, mais surtout elle est très proche de ses objectifs. (voir figure de droite, les barres grises, les étoiles représentent les objectifs selon Kyoto).

 

Mais c'est là que la prise en compte des importations vient tout chambouler (barres de couleur : en bleu les importations en provenance de Chine, en vert d'Inde, en orange du Brésil, et en rouge des autres pays en développement, à chaque fois les exportations vers ces pays ont été soustraites) : dans le cas de l'Europe, les échanges vers ces pays correspondent à une hausse des émissions de CO2 de près de 500 millions de tonne ! En résumant, si l'on ne tient pas compte de la production sur le territoire européen mais bien de la consommation, les émissions de CO2 en Europe n'ont pas baissé entre 1990 et 2008, elles ont augmenté !

 

Si l'on s'intéresse à l'ensemble des pays développé, on aboutit ainsi à :

 

* une baisse d'un peu moins de 300 millions de tonne de la production domestique de CO2

* une hausse d'un peu plus de 1,2 milliard de tonnes des "importations de CO2", c'est à dire du CO2 produit dans les pays en développement pour des produits consommés dans les pays développés.

 

Même si cela n'enlève rien au fait que la forte hausse des émissions mondiales entre 1990 et 2008 a été liée au développement économique des pays en développement (+ 7,4 milliards de tonne), cela relativise nos beaux discours vertueux quand au verdissement des économies des pays développés (+ 1 milliard de tonne si c'est la consommation qui est prise en compte)...

 

Tant que le contenu carbone des produits et services ne sera pas intégré dans leur coût, et dans les statistiques pays consommateurs et pas des pays producteurs, la situation a peu de change d'évoluer.

 

Pour les curieux, le graphique ci-dessous indique l'évolution des échanges de CO2 par secteurs (une valeur négative signifie que les produits sont fabriqués dans les pays en développement et consommés dans les pays développés). On voit que l'industrie se paye la part du lion, ce qui correspond bien à l'image que l'on se fait de la délocalisation des industries polluantes et pauvres en valeur ajoutée.

 

importation CO2 par secteur

 

 

voir aussi : empreinte énergétique par pays

 

 

retour au sommaire thématique

Partager cet article

Repost 0
Published by D. - dans économie
commenter cet article

commentaires