Jeudi 5 janvier 2012 4 05 /01 /Jan /2012 21:01

enseigne lumineuseLe 16 décembre dernier, Nathalie Kosciusko-Morizet, l'actuelle ministre de l'écologie, a annoncé une série de mesure visant à réduire la consommation d'énergie et à améliorer l'efficacité énergétique. Parmi les mesures proposées, une a particulièrement retenu l'attention par son aspect symbolique, l'obligation pour les commerces d'éteindre leurs enseignes lumineuses entre 1h et 6h du matin, mesure qui entrera en vigueur le 1er juillet 2012. Au-delà de l'aspect symbolique (personne n'a jamais prouvé, et pour cause, qu'éclairer la nuit les enseignes lumineuses faisait vendre le lendemain, a fortiori entre 1h et 6h du matin), on peut s'interroger sur l'impact réel d'une telle mesure.

 

Selon le communiqué de presse du ministère de l'écologie, "le parc d’enseignes lumineuses représente une puissance installée de près de 750 MW, la moitié de celle d’un EPR (...) une économie d'électricité équivalente à la consommation annuelle de 260.000 ménages français"

 

Si l'on ne va pas plus loin que les mots, tout dans ce communiqué est vrai : 750 MW représente bien la moitié d'un réacteur EPR, et la consommation des enseignes lumineuses correspond bien à celle de 260 000 ménages. Tout est-il si simple ?

Tout le problème vient du fait que ce communiqué mélange allègrement puissance et énergie. En effet, si les ménages et les enseignes consomment la même énergie, cette consommation n'a pas lieu au même moment. Pour le comprendre, il suffit de s'intéresser au schéma suivant. Il s'agit des statistiques de RTE, l'entreprise publique chargée du réseau de distribution d'électricité en France, qui montre la consommation d'électricité un jour au hasard de décembre dernier (le mercredi 14, précisément) quart d'heure par quart d'heure, mais en terme de puissance électrique. Rappelons que l'on passe simplement de la puissance à l'énergie en multipliant la puissance par le temps durant lequel elle est consommée. (le mois de décembre ayant été particulièrement doux en France, la consommation est nettement moins élevée qu'à l'habitude, mais ça ne change rien à l'explication.)

 

consommation electricite 14-12-2011Ce que l'on constate sur cette figure, c'est que comme l'on pouvait s'en douter, la consommation d'électricité est très nettement plus élevée la journée que la nuit, avec un pic de consommation entre 18h et 20h quand les gens font tourner leur chauffage électrique à fond... Ainsi le 14 décembre dernier, le pic de consommation a été de 77 GW (plutôt faible par rapport à un mois de décembre "normal" où ce pic est généralement au dessus de 90 GW).

ça c'était pour le maximum de consommation. Regardons maintenant ce qui se passe entre 1h et 6h du matin, puisqu'il s'agit du créneau horaire concerné par la mesure. Sur ce créneau, la consommation d'électricité a été en permanence inférieure à 60 GW (là encore, elle aurait été plus élevée un mois de décembre "normal", mais serait restée très inférieure à celle observée la journée). Une chose est sûr, éteindre les enseignes lumineuses la nuit ne réduira pas la consommation la journée.

 

Puisque nous sommes dans les statistiques, le site de RTE donnent également la répartition de la production par filière, là encore quart d'heure par quart d'heure. Si l'on regarde ces statistiques, on s'aperçoit que la production "de nuit" est issue pour sa quasi totalité du nucléaire, et un peu de l'éolien (le vent souffle autant la nuit que le jour). à 19h, la production nucléaire n'est que légèrement supérieure (on n'arrête pas ou ne démarre pas une centrale nucléaire d'une heure à l'autre), toute la différence est due à l'hydraulique (on peut choisir quand on ouvre les vannes des barrages)...et aux centrales à charbon (2,7 GW), à gaz (2,2 GW) et au fioul (350 MW). En conséquence, les émissions de CO2 estimées sont environ deux fois plus élevées à 19h qu'à 3h du matin. (un jour de décembre "normal", la tendance est exactement la même, mais avec très nettement plus de gaz, de charbon et de fioul mis en oeuvre à 19h).

 

Maintenant que nous avons vu ces chiffres, réfléchissons un peu : que se passera-t-il si nous éteignons toutes les enseignes entre 1h et 6h du matin. Sur ce créneau horaire la production est principalement nucléaire, et un peu éolienne. Comme on ne va tout de même pas supprimer des éoliennes, nous pouvons donc supprimer un vieux réacteur nucléaire (750 MW c'est à peu près la puissance des plus vieux). Mais si nous arrêtons ce réacteur, il ne produira pas à 19h, heure où la demande n'aura pas changée. Comme la production hydroélectrique est à son maximum en France, à l'heure actuelle la seule possibilité de fournir ces 750 MW manquant est... des centrales thermiques à gaz, charbon ou fioul ! On arriverait donc à la situation paradoxale où diminuer la consommation d'électricité pourrait entraîner une hausse des émissions de gaz à effet de serre !!

 

Est-ce que cela signifie que cette mesure ne sert à rien et qu'il faut laisser les enseignes lumineuses éclairées ?

 

évidemment non ! Ce raisonnement simple (mais tout à fait rigoureux au demeurant) montre simplement que cette mesure seule est non seulement inutile mais potentiellement néfaste si elle n'est pas accompagnée ! Dès lors quelles sont les solutions ? Elles sont de plusieurs type. Le nucléaire est une énergie de "base", mais nous avons également besoin d'autres sources de production pour les "pointes". Le problème vient ici soit du fort décalage de consommation entre la base et les pointes, soit de la manière de produire l'électricité lors de ces pointes. On peut (et doit !) donc jouer sur plusieurs leviers.

  • le plus évident, mais qui est à long terme : développer de nouveau systèmes de stockages de l'électricité performants et à grande échelle, pour utiliser pendant les pointes de consommation l'électricité produite durant les creux (stockage chimique, ...).
  • développer des moyens production d'électricité plus propres que le gaz, le charbon et le fioul et pouvant répondre à la demande aux heures de pointes (biomasse, ...)
  • atténuer la différence d'amplitude creux-pointes ... notamment en arrêtant de promouvoir le chauffage électrique !
  • atténuer la différence d'amplitude creux-pointes... en consommant plus aux heures creuses ! Le raisonnement est principalement basé sur le fait que si nous éteignons les enseignes lumineuses nous pouvons produire moins la nuit... mais nous pouvons également utiliser cette production "libérée" pour des applications de type rechargement de batteries de véhicules électriques.

Les possibilités de sortir de ce paradoxe qui ferait qu'à une diminution de notre consommation d'électricité correspondrait une hausse des émissions de gaz à effet de serre ne manque pas. Mais il faut que nos gouvernants aient la volonté politique d'aller au-delà des mesures symboliques, qui ont l'avantage de la quasi-gratuité, pour proposer des mesures d'accompagnement plus ambitieuses.

 

 

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Par D. - Publié dans : solutions ? - Communauté : Ecologie et Environnement
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Mercredi 14 décembre 2011 3 14 /12 /Déc /2011 21:53

Contrairement à ce que ce titre pourrait laisser croire, ce premier article après pratiquement 6 mois de pause n'est pas destiné à dresser un inventaire des mécanismes déjà existants en France et visant à inciter les particuliers à réduire leur facture énergétique, et donc leurs émissions de gaz à effet de serre.

 

Simplement parce que la plupart des mécanismes qui existaient ont disparu, ont été fortement réduits ou ont été détricotés au cours des derniers mois. "La faute à la crise", même si cette crise n'était pas là lorsque la taxe carbone n'a pas vu le jour (alors qu'une taxe carbone, certes modérée, a vu le jour en Australie, pays qui ne faisait pourtant pas partie jusque là des bons élèves de la lutte contre le réchauffement climatique). On a donc vu, sous couvert de réduction des niches fiscales, disparaître ou diminuer fortement des crédits d'impôts pour le développement des énergies renouvelables ou l'amélioration de l'isolation des bâtiments. Diminuer les tarifs de rachat de l'électricité issue du solaire photovoltaïque. Fortement durcie les procédures d'autorisation de développement de l'éolien (érigé maintenant au titre "d'installations classées pour la protection de l'environnement", au même titre que des usines d'incinération ou des centrales thermiques ...)....

 

Et pendant ce temps, la conférence de Durban est un échec patent (même si la plupart des participants s'autocongratulent et parlent d'accord), ne faisant que repousser à plus tard toute discussion autour d'objectifs contraignants. Le Canada, grand pollueur devant l'éternel, se retire du protocole de Kyoto pour mieux continuer à exploiter ses schistes bitumineux (dont il "oublie" opportunément de comptabiliser les émissions de CO2 dans son inventaire total, alors qu'elles dépassent celles de tout son secteur automobile !). Et après une stagnation due à la crise, les émissions de gaz à effet de serre ont encore augmenté en 2010, conformément aux prévisions de l'agence internationale de l'énergie.

 

Dès lors, que faire ? Espérer que la question du climat et de l'environnent s'invite dans les débats politiques des pays pour lesquelles des élections ont lieu l'année prochaine (dont les USA et la France) et détrône La Crise ? Ou pourquoi pas chercher de nouvelles idées ? Je ne changerai sans doute pas le monde avec ce blog et sa vingtaine de visiteurs quotidiens, mais voici à tout hasard un début d'idée que je n'ai pas encore entendu dans la bouche d'un candidat à la présidence en France :

 

A force de l'entendre dire et répéter, tout le monde a sans doute intégrer maintenant que la hausse des coûts de l'énergie dans un proche avenir est inéluctable. Mais plutôt que de l'augmenter uniformément, comme on en prend par exemple le chemin pour le gaz dans les semaines qui arrivent, pourquoi ne pas le faire de manière intelligente pour inciter à la réduction de la consommation d'énergie ?

 

Pour l'électricité, le gaz et le fioul domestique, on pourrait imaginer un mécanisme ou le prix de l'énergie, ramenée en kWh pour chaque type (si l'on regarde une facture de gaz, par exemple, 1 m3 correspond à 11,2 kWh, et on peut faire la même conversion pour le fioul domestique) dépendrait de la consommation totale d'énergie.

Je m'explique : supposons, parce que les nombres ronds c'est pratique et parce que je n'ai aucune idée du chiffre réel, que la consommation d'énergie domestique (donc hors automobile, ce qui constitue tout de même une part importante des émissions de gaz à effet de serre) soit en France de 10 000 kWh par personne. On pourrait alors imaginer que par rapport au prix actuel, tous les kWh jusqu'à 5 000 kWh soit gratuits, que tous ceux entre 5 000 et 10 000 kWh coûtent le double du prix actuel, et que tous ceux au-delà de 10 000 kWh coûtent le triple. (évidemment il faudrait affiner ça en ne comptant pas par personne mais par foyer, ou par foyer mais en tenant compte de la composition du foyer, mais ce sont des détails de mise en pratique).

De cette manière, les personnes qui consomment moins que la moyenne y gagne, d'autant plus qu'elles consomment peu, celles qui consomment plus y perdent, d'autant plus qu'elles consomment beaucoup, ce qui incitent à faire baisser la moyenne via des économies d'énergie ou des travaux d'amélioration de l'habitat (et ça en plus c'est bon pour l'économie). Et tous les ans (ou un peu moins souvent si c'est trop compliqué), on change le 10 000 kWh pour la nouvelle moyenne...

 

Mais vous me répondrez, "et les locataires", ils n'y peuvent rien si leurs propriétaires se moquent éperdument de leur consommation d'énergie. Réponse simple : le mécanisme s'applique à eux jusqu'à 10 000 kWh (pour les inciter à économiser l'énergie), mais la forte hausse de prix au-delà de ces 10 000 kWh est payée par le propriétaire, ce qui l'incite à ne pas laisser son appartement ou sa maison dans le club des passoires thermiques.

 

Voilà une idée qui ne me semble pas forcément très compliquée à mettre en oeuvre, et qui a l'avantage de la pédagogie. Mais je n'ai pas prévu être candidat à la présidence de la république...

 

 

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Par D. - Publié dans : solutions ? - Communauté : Ecologie et Environnement
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Vendredi 5 août 2011 5 05 /08 /Août /2011 08:27

pas vraiment le temps d'écrire depuis quelques semaines, mais les idées d'articles s'accumulent, donc le blog devrait reprendre vie dès que possible :-)

Par D.
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