Mardi 20 mars 2012 2 20 /03 /Mars /2012 21:34

Contrairement à ce que pourrait laisser penser le titre de cet article, je ne vais pas parler ici des pays leaders dans la production d'éolienne (sempiternel discours sur la Chine "atelier du monde") mais bien des pays producteur d'électricité éolienne.

 

Le Global Wind Energy Council (sorte de club / lobby mondial de l'éolien) a publié il y a quelques semaines ses statistiques 2011 sur la production d'électricité d'origine éolienne dans le monde, et on peut en tirer quelques enseignements intéressant, et qui vont à l'encontre de quelques idées reçues.

 

puissance eolienne totale 2011

 

Comme le montre la figure de droite, si la Chine est effectivement un gros producteur d'éoliennes, elle est surtout un gros producteur, le plus gros producteur mondial, d'électricité d'origine éolienne, avec une part de 26,3% (plus du quart à elle seule) des 238 GW de puissance électrique d'origine éolienne installée dans le monde (chiffres à la fin décembre 2011, et qui rapporté à la production moyenne d'une éolienne sur une année, correspondent grosso modo à une cinquantaine de réacteurs nucléaires). La position de la France ? Un médiocre 2,9% du total loin derrière... l'Inde !! (6.7%) et très loin derrière l'Allemagne, leader européen avec 12.2%. A noter le bon classement de l'Espagne, qui a su développer une industrie de production d'éolienne dynamique, comme quoi on peut allier économie et écologie.

 

 

Certes, mais avec le Grenelle de l'environnement, me direz-vous, la France va certainement progresser dans le prochain classement !

 

ou pas...

 

 

puissance eolienne installe 2011La figure de gauche montre la répartition mondiale de la puissance installée au cours de l'année 2011. Les résultats sont encore plus tranchés, avec presque la moitié (44%) des 41 GW installée qui l'ont été en Chine ! Non seulement cette dernière est leader pour ce qui est de la puissance installée totale, mais c'est également le pays pour lequel cette puissance progresse le plus vite. De là à parler de la Chine comme une puissance "verte", il n'y a qu'un pas, qui correspond bien au tournant que les dirigeants chinois semblent vouloir donner au pays depuis 2 ou 3 ans. Et la France dans tout ça ? Elle arrive péniblement au 9e rang (2%, loin derrière son rang de "6e puissance économique mondiale, et en baisse marquée par rapport à 2010) précédant de peu la Suède (1.9%) à peu près 7 fois moins peuplée. Et très loin derrière l'Inde (7%) ou l'Allemagne (5%) là encore leader européen. Grenelle de l'environnement ou pas, encore beaucoup de chemin à faire en France avant que les éoliennes ne "défigurent le paysage", contrairement à ce que voudraient faire croire les détracteurs de cette technologie. (au passage, je pense écrire prochainement un article sur les coûts de l'électricité éolienne, pour lesquels là encore on peut constater beaucoup de désinformation).

 

En résumé, pour la France on peut parler de Grenelle de l'environnement, de croissance verte ou de production d'électricité renouvelable, ça reste encore très virtuel (ou pipeau, pour user d'un terme un peu moins diplomate) par rapport à de nombreux autres pays dans le monde. Et si la Chine fait reposer en très grande partie sa croissance actuelle sur le charbon, on voit qu'elle commence à se tourner fortement vers l'après énergies fossiles.

 

 

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Par D. - Publié dans : économie - Communauté : Ecologie et Environnement
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Dimanche 12 février 2012 7 12 /02 /Fév /2012 20:40

centrale a gaz - currant creekA l'heure actuelle,d'après les derniers chiffes publiés par l'Agence Internationale de l'Energie, 80% de la production mondiale d'énergie primaire est issue des combustibles fossiles, dont 27% du charbon. Si l'on s'intéresse plus spécifiquement à la production d'électricité, les 67% est issue des combustibles fossiles dont un peu plus de 40% du charbon. Ce dernier étant le combustible dont la combustion entraîne les émissions de CO2 les plus élevées à quantité d'énergie donnée, l'une des stratégies envisagées à l'échelle internationale pour limiter l'ampleur du réchauffement climatique est de remplacer les centrales thermiques au charbon utilisées pour produire de l'électricité par des centrales thermiques au gaz naturel, dont la combustion émet à peu près deux fois moins de CO2 à énergie produite égale. C'est notamment une stratégie mise en oeuvre à grande échelle à l'heure actuelle au Royaume-Uni et aux USA (d'où le recours aux schistes bitumineux), et dans une moindre mesure en Chine.

 

Cependant, une étude conjointe de la National Oceanic and Atmospheric Administration et l'Université de Boulder (Colorado) publiée cette semaine et mentionnée dans la revue scientifique Nature  vient remettre en question ce rôle "positif" du gaz naturel dans la lutte contre le réchauffement climatique. En effet, cette étude montre que les émissions de méthane (le gaz que nous appelons couramment "gaz naturel") au niveau des gisements (en gros donc, les fuites) seraient beaucoup plus importantes que ce que l'on pensait jusqu'à présent. D'après les mesures de concentration de méthane dans l'atmosphère à proximité de gisements exploités dans le Colorado, ce seraient de 2% à 8% (avec une probabilité la plus forte pour une valeur de 4%) du méthane produit qui s'échapperait dans l'atmosphère, soit le double des chiffres avancés jusque là par l'industrie. Cette étude vient par ailleurs confirmer d'autres études effectuées ces dernières années mais contestées par l'industrie. Là où ce résultat vient heurter de plein fouet la stratégie visant à remplacer les centrales au charbon par des centrales au gaz naturel... c'est que le méthane est lui-même un puissant gaz à effet de serre : à quantité égale, 25 fois plus puissant que le CO2 !

 

En tenant compte non seulement des émissions de CO2 qui ont lieu lors de la combustion du combustible, mais aussi de ces fuites de méthane, les centrales à gaz ne tireraient plus leur avantage par rapport à celle à charbon que du fait qu'elles sont plus récentes et ont donc de meilleurs rendement de combustion !

Pire encore, la combustion du charbon n'émet pas que du CO2 (contrairement à celle du gaz naturel), mais aussi des particules fines, qui une fois dans l'atmosphère contribuent à réfléchir le rayonnement solaire... et donc à diminuer les températures (étude publiée en 2011 dans la revue Climatic Change).

 

Globalement, le remplacement des centrales à charbon par des centrales au gaz n'auraient donc qu'un effet minime sur les émissions globales de gaz à effet de serre, et ne contribueraient quasiment pas à la lutte contre le réchauffement climatique (ce qui ne remet évidemment pas en cause leur effet bénéfique sur la réduction de la pollution aux particules fines).

 

La (seule) bonne nouvelle dans cette histoire, c'est que les exploitants ont tout à fait les moyens techniques de réduire fortement la proportion de méthane relâchée dans l'atmosphère, et que les seules raisons qui s'y opposent à l'heure actuelle sont économiques. Espérons donc que ce type d'étude contribuent à pousser les gouvernement à durcir les règles pour les y contraindre.

 

 

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Par D. - Publié dans : général - Communauté : Ecologie et Environnement
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Jeudi 5 janvier 2012 4 05 /01 /Jan /2012 21:01

enseigne lumineuseLe 16 décembre dernier, Nathalie Kosciusko-Morizet, l'actuelle ministre de l'écologie, a annoncé une série de mesure visant à réduire la consommation d'énergie et à améliorer l'efficacité énergétique. Parmi les mesures proposées, une a particulièrement retenu l'attention par son aspect symbolique, l'obligation pour les commerces d'éteindre leurs enseignes lumineuses entre 1h et 6h du matin, mesure qui entrera en vigueur le 1er juillet 2012. Au-delà de l'aspect symbolique (personne n'a jamais prouvé, et pour cause, qu'éclairer la nuit les enseignes lumineuses faisait vendre le lendemain, a fortiori entre 1h et 6h du matin), on peut s'interroger sur l'impact réel d'une telle mesure.

 

Selon le communiqué de presse du ministère de l'écologie, "le parc d’enseignes lumineuses représente une puissance installée de près de 750 MW, la moitié de celle d’un EPR (...) une économie d'électricité équivalente à la consommation annuelle de 260.000 ménages français"

 

Si l'on ne va pas plus loin que les mots, tout dans ce communiqué est vrai : 750 MW représente bien la moitié d'un réacteur EPR, et la consommation des enseignes lumineuses correspond bien à celle de 260 000 ménages. Tout est-il si simple ?

Tout le problème vient du fait que ce communiqué mélange allègrement puissance et énergie. En effet, si les ménages et les enseignes consomment la même énergie, cette consommation n'a pas lieu au même moment. Pour le comprendre, il suffit de s'intéresser au schéma suivant. Il s'agit des statistiques de RTE, l'entreprise publique chargée du réseau de distribution d'électricité en France, qui montre la consommation d'électricité un jour au hasard de décembre dernier (le mercredi 14, précisément) quart d'heure par quart d'heure, mais en terme de puissance électrique. Rappelons que l'on passe simplement de la puissance à l'énergie en multipliant la puissance par le temps durant lequel elle est consommée. (le mois de décembre ayant été particulièrement doux en France, la consommation est nettement moins élevée qu'à l'habitude, mais ça ne change rien à l'explication.)

 

consommation electricite 14-12-2011Ce que l'on constate sur cette figure, c'est que comme l'on pouvait s'en douter, la consommation d'électricité est très nettement plus élevée la journée que la nuit, avec un pic de consommation entre 18h et 20h quand les gens font tourner leur chauffage électrique à fond... Ainsi le 14 décembre dernier, le pic de consommation a été de 77 GW (plutôt faible par rapport à un mois de décembre "normal" où ce pic est généralement au dessus de 90 GW).

ça c'était pour le maximum de consommation. Regardons maintenant ce qui se passe entre 1h et 6h du matin, puisqu'il s'agit du créneau horaire concerné par la mesure. Sur ce créneau, la consommation d'électricité a été en permanence inférieure à 60 GW (là encore, elle aurait été plus élevée un mois de décembre "normal", mais serait restée très inférieure à celle observée la journée). Une chose est sûr, éteindre les enseignes lumineuses la nuit ne réduira pas la consommation la journée.

 

Puisque nous sommes dans les statistiques, le site de RTE donnent également la répartition de la production par filière, là encore quart d'heure par quart d'heure. Si l'on regarde ces statistiques, on s'aperçoit que la production "de nuit" est issue pour sa quasi totalité du nucléaire, et un peu de l'éolien (le vent souffle autant la nuit que le jour). à 19h, la production nucléaire n'est que légèrement supérieure (on n'arrête pas ou ne démarre pas une centrale nucléaire d'une heure à l'autre), toute la différence est due à l'hydraulique (on peut choisir quand on ouvre les vannes des barrages)...et aux centrales à charbon (2,7 GW), à gaz (2,2 GW) et au fioul (350 MW). En conséquence, les émissions de CO2 estimées sont environ deux fois plus élevées à 19h qu'à 3h du matin. (un jour de décembre "normal", la tendance est exactement la même, mais avec très nettement plus de gaz, de charbon et de fioul mis en oeuvre à 19h).

 

Maintenant que nous avons vu ces chiffres, réfléchissons un peu : que se passera-t-il si nous éteignons toutes les enseignes entre 1h et 6h du matin. Sur ce créneau horaire la production est principalement nucléaire, et un peu éolienne. Comme on ne va tout de même pas supprimer des éoliennes, nous pouvons donc supprimer un vieux réacteur nucléaire (750 MW c'est à peu près la puissance des plus vieux). Mais si nous arrêtons ce réacteur, il ne produira pas à 19h, heure où la demande n'aura pas changée. Comme la production hydroélectrique est à son maximum en France, à l'heure actuelle la seule possibilité de fournir ces 750 MW manquant est... des centrales thermiques à gaz, charbon ou fioul ! On arriverait donc à la situation paradoxale où diminuer la consommation d'électricité pourrait entraîner une hausse des émissions de gaz à effet de serre !!

 

Est-ce que cela signifie que cette mesure ne sert à rien et qu'il faut laisser les enseignes lumineuses éclairées ?

 

évidemment non ! Ce raisonnement simple (mais tout à fait rigoureux au demeurant) montre simplement que cette mesure seule est non seulement inutile mais potentiellement néfaste si elle n'est pas accompagnée ! Dès lors quelles sont les solutions ? Elles sont de plusieurs type. Le nucléaire est une énergie de "base", mais nous avons également besoin d'autres sources de production pour les "pointes". Le problème vient ici soit du fort décalage de consommation entre la base et les pointes, soit de la manière de produire l'électricité lors de ces pointes. On peut (et doit !) donc jouer sur plusieurs leviers.

  • le plus évident, mais qui est à long terme : développer de nouveau systèmes de stockages de l'électricité performants et à grande échelle, pour utiliser pendant les pointes de consommation l'électricité produite durant les creux (stockage chimique, ...).
  • développer des moyens production d'électricité plus propres que le gaz, le charbon et le fioul et pouvant répondre à la demande aux heures de pointes (biomasse, ...)
  • atténuer la différence d'amplitude creux-pointes ... notamment en arrêtant de promouvoir le chauffage électrique !
  • atténuer la différence d'amplitude creux-pointes... en consommant plus aux heures creuses ! Le raisonnement est principalement basé sur le fait que si nous éteignons les enseignes lumineuses nous pouvons produire moins la nuit... mais nous pouvons également utiliser cette production "libérée" pour des applications de type rechargement de batteries de véhicules électriques.

Les possibilités de sortir de ce paradoxe qui ferait qu'à une diminution de notre consommation d'électricité correspondrait une hausse des émissions de gaz à effet de serre ne manque pas. Mais il faut que nos gouvernants aient la volonté politique d'aller au-delà des mesures symboliques, qui ont l'avantage de la quasi-gratuité, pour proposer des mesures d'accompagnement plus ambitieuses.

 

 

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Par D. - Publié dans : solutions ? - Communauté : Ecologie et Environnement
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