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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 17:53
Suite de la série d'articles sur le solaire thermique. Après le contexte dans la partie 1, aujourd'hui les systèmes individuels. Ces derniers sont destinés à produire de l'eau chaude domestique (éventuellement à participer au chauffage de l'habitation) pour des particuliers ou en habitat collectif, et constitue la plus grande part de l'énergie produite par les systèmes de type solaire thermique. Les centrales solaires constituant la part restante, et elles seront l'objet de l'article suivant.

Le principe à la base d'un collecteur solaire thermique comme celui présenté sur la photo à droite est très simple. Tout le monde sait qu'une plaque métallique sombre laissée au soleil chauffe, parfois de manière assez importante. Elle chauffe parce qu'elle absorbe une partie importante du rayonnement solaire, avec une part réfléchie assez faible. A l'inverse un miroir laissé au soleil ne chauffe pratiquement pas parce qu'il réfléchit la plus grande partie du rayonnement solaire.



Le principe ici va être le même (schéma de gauche) : une surface absorbante est placée de manière à recevoir un maximum de rayonnement solaire. Comme cette surface absorbe le rayonnement, elle chauffe. Un fluide caloporteur (qui permet de transporter la chaleur), le plus souvent de l'eau avec un antigel (pour passer l'hivers sans entretien particulier) circule dans la surface chauffée, et chauffe également.


Ce fluide caloporteur, qui circule grâce à un système de pompage, est ensuite utilisé pour chauffer l'eau d'un ballon d'eau chaude sanitaire, ou éventuellement l'eau d'un système de chauffage central domestique.


Evidemment même si le principe en lui-même est très simple, la mise en oeuvre technologique l'est un peu moins, du moins si l'on souhaite optimiser les performances du système.

Le schéma de principe du collecteur solaire est représenté ci-dessous, avec le cheminement du rayonnement solaire.




Avant de s'intéresser au collecteur lui-même, suivons le trajet des rayons lumineux provenant du soleil (1). Les collecteurs solaires sont des systèmes destinés à être utilisés pendant des années. La surface absorbante doit donc être protégée des dégradations dues à son environnement (pluie, salissures, casse, ...) par un châssis transparent.
Une partie du rayonnement solaire n'atteint donc jamais la plaque absorbante et est directement réfléchie par la vitre de protection (2). seule une partie (3 = 1 - 2) atteint donc la plaque.
Une petite partie est réfléchie par la plaque. Et une autre petite partie est directement ré-émise par la plaque elle-même ! En effet, n'importe quel matériau chauffé va émettre un peu de rayonnement (on peut penser à un morceau de métal chauffé au rouge). Ici la température n'est pas suffisante pour que la plaque soit chauffée au rouge, mais elle émet tout de même un rayonnement, dans l'infrarouge (IR). Globalement, la plaque n'absorbe donc pas tout le rayonnement qui a franchit la vitre, une partie est réfléchie ou réémise (4).
Cette partie réémise ou réfléchie va de nouveau arriver sur la plaque de verre, et être encore séparée en une partie perdue définitivement (5) et une qui va revenir être réfléchie par la plaque de verre et revenir vers la surface absorbante (6) et lui permettre de chauffer (c'est le même principe que celui de l'effet de serre).
Enfin puisque la plaque chauffe, et que l'extérieur du châssis est à température normale, une partie de la chaleur va être perdue sous forme de pertes thermiques au travers du châssis (7).
Du rayonnement (1) issu du soleil, seul (1 - 2 - 5 -7) va être récupérable sous forme de chaleur, (2 + 5 + 7) sera perdu.

Pour optimiser l'efficacité du collecteur solaire, il va donc falloir :
  • que la vitre de protection réfléchisse le moins possible le rayonnement solaire (pour minimiser 2), mais qu'au contraire elle réfléchisse le plus possible le rayonnement infrarouge émis par la surface absorbante (pour minimiser 5)
  • que la surface absorbante réfléchisse le moins possible les rayonnements et en émette également le moins possible  (pour minimiser 4)
  • que tous les matériaux constituant le châssis soient les meilleurs isolants thermiques possibles (pour minimiser 7).
Evidemment, il va également falloir que les systèmes soient légers (ils sont situés sur le toit pour maximiser l'éclairement), durables (plus la durée de vie est longue, plus le système est rentable économiquement et énergétiquement) et avec un coût modéré.

Avec les systèmes actuels, les collecteurs solaires thermiques peuvent permettre d'économiser de l'ordre de 80% de l'énergie nécessaire pour produire l'eau chaude domestique, si l'on habite dans une région française ensoleillée.

Le graphique ci-dessous montre la croissance depuis 1990 de la surface de collecteurs solaires thermiques installée chaque année en Europe (ainsi que la puissance thermique correspondante (données issues du syndicat européen du solaire thermique). En 2006 (la suite en pointillés est une prévision), il y a donc eu 3,5 km² de systèmes qui ont été installés, pour une puissance thermique de 2,5 gigawatts !



Les deux pays leader en Europe pour la puissance installée totale sont l'Autriche et l'Allemagne, qui sont pourtant loin d'être les deux pays ayant le plus fort potentiel dans le domaine !
En effet jusqu'à présent, le développement du solaire thermique individuel dépend principalement de politiques incitatives, de type crédits d'impôts. Les surfaces installées augmentent maintenant rapidement également en France (du fait d'un crédit d'impôt sur le matériel) et en Espagne (tous les bâtiments publics nouveaux ont obligation d'utiliser des collecteurs solaires thermiques).

Même s'il ne s'agit pas des systèmes auxquels on pense le plus spontanément lorsque l'on parle d'énergies renouvelables, il ne faut pas oublier que chaque kilowattheure de chaleur produite par un système solaire thermique n'a pas à l'être par un système électrique ou en faisant brûler du gaz naturel.



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13 octobre 2009 2 13 /10 /octobre /2009 21:34
Début aujourd'hui d'une série d'articles sur le solaire thermique (une série parce qu'il y a beaucoup trop à écrire pour le faire en un seul article !).

Au fil de ces trois articles, je parlerai d'abord du contexte, avant de m'intéresser aux installations individuelles et aux installations à grande échelle de type "centrales solaires". Commençons donc d'abord par situer le contexte.

Généralement, lorsque l'on parle à quelqu'un d'énergie solaire, la première chose qui lui vient à l'esprit c'est un panneau solaire sur un toit pour produire de l'électricité. Pourtant à l'échelle mondiale, la place du solaire thermique est nettement plus importante que celle du photovoltaïque.

Tout comme le solaire photovoltaïque, le solaire thermique permet d'utiliser à notre profit une partie de l'énergie solaire reçue à la surface de la terre. Mais contrairement au premier (qui sera l'objet d'une deuxième série d'articles quand celle-ci sera terminée) pour lequel le rayonnement solaire est directement converti en électricité, dans le cas du solaire thermique l'énergie solaire va être convertie en chaleur (qui pourra ensuite éventuellement être convertie en électricité, quasi uniquement dans des centrales solaires).

Les données de la figure ci-dessous proviennent de la publication "Survey of energy ressources" du World Energy Council. Elles permettent de comparer la production globale d'énergie (chaleur et électricité) du solaire thermique à celles des autres sources d'énergies renouvelables.

Si l'on constate d'un côté qu'effectivement la production d'électricité est très faible (environ 100 fois plus faible que l'énergie éolienne, et équivalente à une seule centrale thermique de taille moyenne), elle n'est finalement "que" 3,5 fois plus faible que la production du photovoltaïque, pourtant beaucoup plus connue. Et si l'on intègre la production de chaleur (parce qu'après tout, de la chaleur issue de l'énergie solaire n'a pas besoin d'être produite d'une autre manière et "économise" donc des émissions de CO2 au même titre que les autres énergies renouvelables), on arrive à une production à peu près deux fois inférieure à celle de l'éolien, et surtout beaucoup, beaucoup plus élevée que celle des "panneaux solaires" !

Evidemment, puisque l'on parle ici d'énergie solaire, l'intérêt du solaire thermique va être d'autant plus grand que l'on se situe dans des régions du monde très ensoleillées. Cela dit, pas besoin d'habiter au fin fond du Sahara pour que l'énergie reçue du soleil soit suffisante pour des applications. La carte ci-dessous, issue du Centre de donnée des sciences de l'atmosphère de la NASA montre l'énergie moyenne annuelle reçue par m² et par jour en chaque zone du globe.

La moyenne mondiale des de 3.86 kilowattheures par jour et par m². Soit 1400 kWh sur l'année entière. Un système de 10 m² (pas si grand que ça) avec un rendement de 10% (très pessimiste) permet donc de générer 1400 kWh d'énergie par an (soit l'équivalent de 150€ d'électricité environ).

Si l'on considère que toutes les zones pour lesquelles l'énergie reçue du soleil est supérieure à la moyenne sont intéressantes, on s'aperçoit que nous avons l'embarras du choix : tout le sud de l'Europe, la totalité des USA, de l'Amérique du Sud et de l'Amérique Centrale, toute l'Afrique, l'Asie et l'Océanie... Il n'y a guère que le nord de l'Europe, la Russie et le Canada pour lesquels le potentiel est plus faible.


Ce potentiel important explique la croissance exponentielle de l'utilisation du solaire thermique ces dernières années, comme le montre le graphique ci-contre (attention, il ne s'agit pas de la puissance installée, mais bien des nouvelles installations : on assiste donc non seulement à une augmentation de la puissance installée, mais même à une accélération de cette augmentation).


Même si cette hausse est principalement tirée par le marché des particuliers (via les chauffe-eau solaires), nous verrons dans les prochains articles que les projets de centrales thermiques de grandes tailles se multiplient également.




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6 octobre 2009 2 06 /10 /octobre /2009 20:16
Malgré les considérables polémiques qu'elle a suscitées en France, la taxe carbone a l'air de faire son bonhomme de chemin au moins au niveau des instances européennes et des ministres des finances.

Elle pourrait concerner tous les secteurs d'activités qui ne sont pas soumis au système européen d'échange de quotas (la bourse européenne du carbone). Le commissaire européen en charge de la fiscalité a annoncé que des propositions seront faites dans l'année 2010.

La question importante, si cette taxe est créée un jour, c'est celle de son niveau... Plus de 100€ par tonne d'eqCO2 comme en Suède, ou un niveau ridiculement bas (et inutile) comme en France. Le sommet de Copenhague sera passé au moment de la décision, et c'est sans doute une bonne part de l'avenir de la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre en Europe qui sera en jeu... Aux citoyens de faire pression sur les gouvernements et les représentants au parlement européen pour que les décisions qui seront prises aillent dans le bon sens.


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29 septembre 2009 2 29 /09 /septembre /2009 22:06
On entend souvent dans les médias que les énergies renouvelables sont une solution pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre, ou que nous devons diminuer notre consommation de pétrole, ou que le nucléaire est la solution. Ce dont on parle moins, c'est de la part de ces différentes sources d'énergie dans la production mondiale, ce qui empêche de bien cerner le potentiel de chacune d'entre elle.

J'ai déjà discuté il y a quelque temps de la place du nucléaire dans la production mondiale d'énergie, et du rôle qu'il peut jouer dans la lutte contre le réchauffement climatique. Cet article vise à donner un panorama un peu plus global de la place de chaque source d'énergie.

La principale source quand on cherche des statistiques sur les différentes énergies dans le monde est l'Agence Internationale de l'Energie (à ne pas confondre avec l'AIEA, agence internationale de l'énergie nucléaire). Cette agence édite annuellement plusieurs rapports. Les graphiques de cet article sont issu des plus récents rapports "world energy outlook" et "Renewables in global energy supply".

Commençons par un ordre de grandeur de la production mondiale annuelle d'énergie. Comme le montre le graphique ci-dessous (échelle en million de tonnes d'équivalent pétrole ou tep), la production mondiale globale augmente régulièrement depuis le début des années 1970, et représente aujourd'hui environ 12 milliards de tep. Si l'on résonne en terme d'électricité plutôt qu'en tonne de pétrole, cela correspond environ à ce que produiraient 6 800 réacteurs nucléaires tournant toute l'année avec un rendement maximum.



Si l'on regarde ce graphique plus en détail, on se rend tout de suite compte que la très grosse majorité de cette énergie est produite par la combustion du pétrole, du gaz et du charbon (violet, bleu et vert). On ne peut pas voir la production issue des sources renouvelables (qui apparaît en rouge dans "others"), elle est contenue dans l'épaisseur du trait.

Il nous faut un graphique un peu plus précis, avec un zoom sur la part renouvelable. Le graphique suivant montre ce zoom pour l'année 2007.



La répartition des camenberts est un peu différente. Le charbon, le gaz et le pétrole apparaissent toujours très majoritaires, avec respectivement 1/4, 1/5 et 1/3 de la production mondiale, soit à eux tous... 70% ! La part du nucléaire est d'environ 6.5%. Et les énergies renouvelables semblent représenter 13.1 % du total soit deux fois plus que le nucléaire. Mais il s'agit en fait d'un "effet d'optique". Depuis nos pays riches, on oublie souvent qu'une part très importante de la population mondiale a encore aujourd'hui pour principale source d'énergie... le bois !

Dans les 13.1% affectés aux énergies renouvelables, 10.6% concernent en réalité le bois. Comme a priori on ne souhaite pas solutionner nos problèmes énergétiques au travers de la déforestation, il y a peu de chance de voir augmenter cette part à l'avenir.

Dans ces 13.1 %, nous trouvons également l'hydroélectricité, pour 2.2 %  de la production mondiale d'énergie. Là encore, il semble difficile d'augmenter considérablement cette part dans le futur, la plupart des grands fleuves ou des grosses rivières étant équipés de barrages, et les méga-projets du type du "barrage des trois gorges" en Chine n'étant pas non plus une solution facilement généralisable.

Il nous reste donc 0.5 %, constitué des sources d'énergie auxquelles on pense généralement lorsque l'on parle d'énergies renouvelables. Et il faut de nouveau effectuer un zoom (à droite).

Nous trouvons alors :
  • la géothermie pour 0.414 % de la production mondiale d'énergie
  • l'énergie éolienne pour 0.064 % (l'équivalent à l'échelle mondiale de 4 réacteurs nucléaires)
  • l'énergie solaire pour 0.039 % (équivalent à 2 réacteurs nucléaires)
  • l'énergie marémotrice pour 0.0004% (l'équivalent de quelques grosses éoliennes)
On peut alors mesurer le chemin à parcourir si l'on souhaite que ces énergies occupent une place importante à l'avenir : si on retourne au premier graphique, on constate que la production mondiale d'énergie augmente d'environ 2.5% par an... soit tous les ans l'équivalent de 5 fois ce que produisent toutes les sources d'énergies renouvelables.

Si on souhaite conclure d'une manière pas trop pessimiste, et lutter activement contre les changements climatiques, on voit qu'il y a deux actions à mener :
  • pousser le développement des énergies renouvelables (et éventuellement du nucléaire suivant l'opinion que l'on peut en avoir), et appeler à une action politique forte dans ce sens (aides, subventions, équipements des bâtiments publics)
  • mais encore plus important, il faut réduire notre consommation d'énergie, manière la plus efficace de diminuer notre utilisation de combustibles fossiles et donc nos émissions de CO2. Et c'est le rôle de chaque être humain d'agir à son échelle.


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25 septembre 2009 5 25 /09 /septembre /2009 13:01
La taxe carbone n'a même pas encore commencé à être appliquée qu'elle voit déjà apparaître ses premières ristournes. Ce seront donc dans un premier temps les pécheurs et les agriculteurs, pour qui la hausse du prix des carburants sera limitée à 1 centime d'euro (au lieu de 4 en moyenne), soit un coût de .. 4 euros par tonne de CO2 émise ! Il semblerait donc, si on comprends bien François Fillon, que le pouvoir de réchauffement global d'une tonne de CO2 n'est pas le même suivant les habitudes des vote de la personne qui l'émet...

On pouvait déjà douter de l'influence de cette mesure sur les émissions de gaz à effet de serre en France, tout ça confirme qu'il ne s'agit bien que d'une vaste mascarade.


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22 septembre 2009 2 22 /09 /septembre /2009 20:16
Suite à l'initiative de Ban Ki-Moon, une centaine de chefs d'état sont réunis à New-York au siège des Nations-Unies pour un sommet "de la dernière chance" (un peu comme d'habitude, en somme), pour préparer la conférence de Copenhague.

Difficile pour l'instant d'avoir une vision neutre et sérieuse de ce qui va en sortir, tout n'est que déclaration lyrique à la tribune pour annoncer que oui, cette fois vraiment on va saisir le problème à bras le corps, et réduire comme jamais nos émissions de gaz à effet de serre, tout en inondant d'argent les pays en développement pour les aider à aller vers un développement vert.

Bon, malheureusement on ne vit pas chez les bisounours, et il va quand même falloir attendre que de vrais traités soient signés avec des engagements fermes. Mais si on se laisse emporter par le discours des médias, il y aurait de quoi retrouver un poil d'optimisme !


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15 septembre 2009 2 15 /09 /septembre /2009 21:15
En début de mois, on a appris que la Chine allait investir 1,7 milliards de dollar au Canada dans l'exploitation des schistes bitumineux au travers de l'entreprise Petrochina, détenue par le gouvernement de Pékin.
Cet investissement marque sans doute le début de grandes manoeuves dans ce domaine, en prévision de la hausse à venir des prix du pétrole liée à sa raréfaction. En effet, si on les convertit en "équivalents barrils de pétrole", les réserves canadiennes de schistes bitumineux représentent environ 175 milliards de barrils, soit un peu plus de 5 ans et demi de consommation au rythme actuel. Elles pourraient faire du Canada le deuxième pays mondial pour ses réserves, derrière l'Arabie Saoudite.

  • Quel rapport entre les schistes bitumineux et des barrils de pétrole ?

Ces schistes sont un mélange de bitume (forme très visqueuse quasi solide de pétroles lourds), de sable, d'argiles et d'eau. Avec un traitement approprié, on peut en extraire du syncrude, une variété de pétrole.

  • L'existence de ces réserves canadiennes constitue donc une bonne nouvelle ?

ça dépend du point de vue.
Effectivement, 5 ans et demi de consommation supplémentaire à l'heure où la ressource se raréfie, ce n'est pas négligeable. Et l'exploitation de ces réserves devient rentable à partir d'un seuil d'environ 70 $ par barril de pétrole.

En revanche d'un point de vue environnemental, la situation vire à la catastrophe. D'une part les réserves canadiennes sont pour une bonne partie d'entre elles situées dans des réserves naturelles ou au moins dans des zones à écosystèmes sensibles, notamment dans l'Alberta. Et 5 ans et demi de consommation de pétrole supplémentaire, c'est 5 ans et demi de plus d'émissions de CO2. Et même encore pire que ça :
La transformation des schistes bitumeux en un pétrole commercialisable est très lourde industriellement. D'abord la majeure partie de ce qui est extrait n'est pas du bitume mais du sable, le bitume ne représentant que 10-15% du minerai, et doit d'abord être séparé. Le Bitume doit ensuite être traité par craquage à 500°C environ, puis subir un ajout d'hydrogène (qui doit lui-même être produit au préalable), avant une dernière étape de purification. Procédés induisant donc une consommation d'énergie importante.
Et pour aboutir à un pétrole de moins bonne qualité :
Globalement, l'utilisation d'une tonne de pétrole conduit à l'émission de 3 tonnes de CO2. A énergie équivalente, l'utilisation d'une tonne équivalent pétrole de schistes bitumeux conduit à l'émission de 4,5 tonnes de CO2, soit 50% de plus. Le taux d'émission à énergie équivalente est même nettement supérieur à celui du charbon ! (voir figure ci-dessous).



Les réserves canadiennes de schistes bitumineux "contiennent" donc autant de CO2 que le pétrole consommé dans le monde en 8 ans et demi...
Pas sûr que leur exploitation soit le meilleur chemin pour contribuer à réduire nos émissions de gaz à effet de serre...



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9 septembre 2009 3 09 /09 /septembre /2009 21:00
Dans un article paru dans le dernier numéro de Science (l'une des 2 revues scientifiques les plus prestigieuses), une équipe internationale réunissant des laboratoires américains et danois spécialisés dans les géosciences et le climat retrace l'histoire du climat en de l'Arctique sur les deux derniers millénaires.



Pour "reconstruire" l'évolution du climat sur cette période de temps, les chercheurs impliqués se sont basés sur plusieurs données expérimentales complémentaires et indépendantes : sédiments issus de 14 lacs de l'Arctique, et données concernant des glaces et des arbres fossilisés déjà publiées dans une précédente étude. Ils ont ensuite intégré ces données dans un programme de simulation du climat.

Les conclusions de leur étude, qui a duré 5 ans, font froid dans le dos. Cette étude montre en effet que les températures moyennes de l'Arctique étaient en baissent régulière depuis 2000 ans, avec une vitesse de refroidissement de 0,02°C par siècle, du fait d'une diminution de l'énergie reçue du soleil. Etait en baisse, parce que cette évolution naturelle s'est brusquement interrompue au cours du siècle dernier (voir courbe), avec une hausse brusque et très rapide. Si bien que les températures moyennes de l'Arctique sont actuellement 1,4°C plus élevées que ce qu'elles auraient été en poursuivant leur cycle naturel. Et cette hausse s'explique et se modélise parfaitement en prenant en compte l'effet des émissions de gaz à effet de serre qui ont explosé depuis le début de l'ère industrielle, aucun phénomène naturel ne pouvant expliquer une rupture aussi rapide et marquée. Preuve encore s'il en fallait du lien direct entre émissions de gaz à effet de serre et réchauffement climatique.

L'Arctique est souvent présenté comme un laboratoire grandeur nature des effets du réchauffement climatique. Et pour citer l'un des auteurs de l'étude : "we know that the processes responsible for past Arctic amplification are still operating (...) Consequently, Arctic warming will continue to exceed temperature increases in the rest of the Northern Hemisphere, resulting in accelerated loss of land ice and an increased rate of sea level rise, with global consequences.”  (Nous savons que les phénomènes à l'origine de l'amplification arctique (le réchauffement y est plus marqué qu'ailleurs) sont toujours à l'oeuvre. (...) En conséquence, le réchauffement de l'Arctique va continuer d'être plus important que la hausse des températures du reste de l'hémisphère Nord, ce qui va entraîner une fonte accélérée des glaces et une hausse plus rapide du niveau des mers, avec des conséquences globales).

Pendant ce temps, une majorité de français est toujours opposée à la taxe carbone, qui ne serait pas nécessaire.



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5 septembre 2009 6 05 /09 /septembre /2009 11:28

Même si le montant qui semble retenu pour la taxe carbone la rendrait au mieux anecdotique, les polémiques n'en finissent pas d'enfler sur le sujet.

Hier, c'est le président de la commission européenne, Juan Manuel Barroso, qui s'est déclaré très peu favorable à l'institution d'une taxe carbone au niveau européen. La raison de ce peu d'enthousiasme étant qu'il "ne veux pas qu'à cause des mesures environnementales que nous prenons il y ait une délocalisation de notre industrie". Raison parfaitement fallacieuse puisque qu'il oublie au passage opportunément de ce souvenir qu'un peu plus de 75% des échanges économiques de l'union sont intra-européens (une taxe n'induirait donc aucune distorsion de concurrence) et qu'avec 30% du PIB mondial, l'UE est la première puissance économique mondiale, et que toute décision prise conjointement par les pays européens possède nécessairement un effet d'entraînement planétaire.

Dans le même temps, on apprend que les syndicats agricoles demandent une exonération totale de la taxe carbone pour les agriculteurs. Quand on sait que l'agriculture représente un part très importante des émissions globales de gaz à effet de serre, et que les agriculteurs étaient déjà en partie "protégés" des effets de la taxe puisque celle-ci devrait être appliqué aux émissions de CO2 uniquement (et pas à celles de méthane et d'oxyde nitreux, notamment, alors que les émissions dues à l'agriculture uniquement de ces deux gaz représentent 15% des émissions globales de gaz à effet de serre !), on peut trouver cette demande plutôt déplacée. D'autant que le monde agricole sera très certainement très touché par le réchauffement climatique.

Je ne m'attarderai pas sur la cacophonie gouvernementale, même si elle me fait me demander sérieusement si le gouvernement souhaite réellement instaurer cette taxe.

Et pour couronner le tout et clore en beauté cette semaine, un sondage vient d'être publié pour le compte d'UFC-Que choisir, dont les résultats sont instructifs. Ainsi 74% des français sont défavorables à l'institution de la taxe carbone, dont 56% tout à fait défavorables. Comme je l'écrivais il y a trois jours, tout le monde souhaite que l'on combatte le réchauffement climatique, mais tout le monde souhaite que ce soit les autres qui fassent les efforts. Plus inquiétant, d'après le même sondage, 63% des français estiment que les particuliers font suffisamment d'effort pour diminuer leur consommation d'énergie... Un avis plutôt étonnant quand on sait que la consommation d'énergie en France augmente d'année en année, alors même que les industries les plus consommatrices sont régulièrement délocalisées...


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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 20:48
Dans un entretien à paraître dans le Figaro, François Fillon annonce le montant fixé pour la taxe carbone à partir de 2010. Ce sera donc 14€ par tonne de CO2 rejetée.

Comme toujours, c'est l'histoire du verre à moitié vide ou à moitié plein. Enfin, ici je dirais plutôt au 3/4 vide et avec quelques gouttes au fond. Mais après tout quelques gouttes c'est toujours mieux qu'un fond de verre bien sec.

C'est mieux que rien tout simplement parce qu'il y a urgence, si nous voulons avoir ne serait-ce que l'espoir d'atteindre les objectifs minima annoncés par les spécialistes du domaine pour éviter que le réchauffement climatique ne dépasse les 2°C à l'horizon 2100. Et au vu de l'échec annoncé (même s'il faut toujours garder espoir) de la conférence de Copenhague prévue pour la fin de cette année, chaque petit pas dans la bonne direction est bon à prendre.

Deux possibilités existaient pour le gouvernement vis à vis du produit à venir de cette taxe carbone (estimé à une poignée milliards d'euros par an) : soit l'utiliser pour investir massivement dans les énergies propres, les véhicules du futur, la rénovation de l'habitat, et la recherche dans ces domaines, soit travailler à prélèvement constant, et in fine simplement modifier l'assiette de ces prélèvements pour tendre vers une fiscalité verte. C'est le second choix qui a été retenu, même si on peut penser qu'il aurait été plus pertinent d'opter pour le premier, une fiscalité verte n'ayant de sens que si elle représente une part importante des prélèvements obligatoires (si on en croit les estimations de l'état, le produit de la taxe carbone devrait représenter de l'ordre de 1% du total des prélèvements obligatoires de la France, ce qui est négligeable). Mais on peut aussi se dire qu'il faut un début à tout.

Mais le principal problème avec cette valeur de 14€ par tonne de CO2, c'est qu'elle est très loin d'être suffisante pour entraîner une modification en profondeur des comportements.

  -  14€, c'est moins que le cours de clôture de ce soir sur la bourse européenne d'échange de quota d'émissions (15 €)
  -  14€, c'est 2,3 fois moins que le montant préconisé par le rapport Rocard, et surtout... 7 fois moins que la valeur de la taxe carbone en Suède (et il semble pourtant bien que les Suédois survivent !)
  -  14€ représente environ 3 centimes par litre d'essence, soit moins que la variation de prix d'une station service à une autre... Et surtout beaucoup, beaucoup, beaucoup moins que ce qui nous attend dans un proche avenir du fait de la raréfaction du pétrole. Sachant qu'économiquement (et socialement), mieux vaut de loin des évolutions progressives que des chocs, il aurait été beaucoup plus intelligent de fixer une valeur nettement plus élevée, avec un taux de croissance certain, de manière à préparer les consciences à l'après pétrole et à l'énergie chère.
  -  14€, en supposant que la taxe concernera tous les gaz à effet de serre, et non le seul CO2 et a fortiori les seuls combustibles fossiles, cela représente en moyenne 140€ par an et par Français. Peut-être qu'une facture de 140€ à payer peut faire évoluer les consciences. Mais 140€ répartis sur 365 jours, c'est invisible.

Comme toujours, c'est l'histoire du verre à moitié vide ou à moitié plein. A chacun de savoir comment il voit le verre. Au vu des cris d'orfraie que j'ai entendus autour de moi ces derniers temps, il semble que si (presque) tout le monde s'accorde à dire qu'il faut agir (merci N. Hulot, ou Y. Arthus-Bertrand), (presque) personne n'est prêt à consentir au moindre effort et au moindre sacrifice dans son mode de vie, même s'il n'est pas durable à long terme.



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Published by D. - dans économie
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