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4 novembre 2009 3 04 /11 /novembre /2009 21:41
Il y a quelques semaines, j'avais écrit un article pour discuter de la place que pourrait jouer l'industrie du nucléaire dans la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre et le réchauffement climatique. Ces derniers jours, cette problématique est revenue sous les feux de l'actualité.

Je ne parle pas ici des différents incidents/problèmes qui ont fait la une des média ces derniers jours, du plutonium de Cadarache aux problèmes de conception de l'EPR, mais de la déclaration effectuée en début de semaine par les dirigeants d'EDF, annonçant que la France va devoir importer massivement de l'électricité cet hiver.

La raison en est on ne peut plus simple. Les 58 réacteurs nucléaires français constituent à eux seuls un peu plus de 75% de la production électrique du pays. Mais actuellement, 18 sont à l'arrêt (soit presque 1/3 du total !) et vont le rester trop longtemps pour assurer la production nécessaire à la consommation hivernale.
Evidemment tous ces arrêts ne sont pas dus à des pannes, mais à des facteurs divers (pannes, maintenance programmée, maintenant "repoussée" pour cause de grève plus tôt dans l'année,...) mais cette situation remet tout de même en lumière le vieillissement important du parc électronucléaire d'EDF (le réacteurs le plus jeune actuellement en service a déjà 11 ans, la moyenne du parc étant plutôt de l'ordre de 25 ans, source wikipédia), car qui dit vieillissement dit pannes plus nombreuses et maintenance plus fréquente et plus longue. Sachant que le prochain réacteur à être mis en service, l'EPR de Flamanville, ne commencera pas à produire d'électricité avant au moins 2012. On peut donc penser que la situation est amenée à se reproduire les hivers à venir, même si peut-être pas de manière aussi critique cette année. Pour cet hiver, le besoin "moyen" en supposant des températures dans les moyennes saisonnières devrait être voisins de 4 000 MW durant 3 à 4 mois, soit l'équivalent de la production de 4 réacteurs à plein régime.

Cette électricité que nous allons importer à nos voisins sera très majoritairement produite dans des centrales thermiques classiques (en brûlant du gaz, du pétrole ou du charbon). Ajoutant à cela que 10% environ de la production d'électricité française est issue de centrales thermiques, on comprend tout de suite que notre consommation d'électricité cet hiver sera très loin d'être neutre vis à vis des émissions de CO2. La situation est d'autant plus paradoxale que l'état français et EDF ayant poussé au développement du chauffage électrique, une quantité de combustibles fossiles importante va être brûlée pour produire de l'électricité (en émettant des quantités de CO2 importantes également), électricité qui sera utilisée en grande partie pour le chauffage. Ce qui est une abérration d'un point de vue énergétique, puisque le rendement serait incomparablement plus élevé en utilisant directement ces énergies fossiles pour le chauffage. Mais comme le gouvernement a eu la "bonne" idée de ne pas inclure l'électricité dans le champ de la taxe carbone, les français pourront régler leur chauffage électrique à fond sans culpabiliser...

Evidemment il est toujours plus facile de critiquer et de relever les abérrations que de faire des propositions constructives. Néanmoins, si l'on s'attaquait de manière volontariste au problème de l'isolation des bâtiments, il serait très certainement possible de réduire sensiblement nos besoins de chauffage, plutôt que de chercher désespérément à augmenter les moyens de production. Mais c'est une solution qui serait moins intéressante pour la sacro-sainte croissance du PIB...


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Published by D. - dans actualité
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